Chapitre 21

Un avertissement rejeté


En prêchant la doctrine du second avènement, William Miller et ses collaborateurs avaient travaillé dans le but unique d'engager les hommes à se préparer pour le jugement. Ils s'étaient efforcés de ramener ceux qui faisaient profession de religion à la véritable espérance de l'Eglise, et à leur faire comprendre la nécessité d'une vie chrétienne plus profonde. Ils cherchèrent également à ramener les inconvertis au sen­timent du devoir d'une repentance immédiate et de la conver­sion à Dieu. " Ils n'essayèrent nullement de convertir les hommes à une secte ou à un parti religieux. C'est pourquoi ils travaillèrent parmi tous les partis et toutes les dénomina­tions, sans se mêler ni de leur organisation ni de leur discipline. "

Dans tous mes travaux, dit Miller, je n'eus jamais le désir ou la pensée d'établir quelque groupe séparé des autres dénominations existantes, ni d'en favoriser une aux dépens d'une autre. Mon désir était de faire du bien à toutes. Supposant que toute la chrétienté se réjouirait dans l'attente de la venue de Christ, et que ceux qui ne pourraient com­prendre les choses comme moi, n'en aimeraient pas moins ceux qui embrasseraient cette doctrine, je ne conçus pas la pensée qu'il serait nécessaire d'avoir des assemblées sépa­rées. Mon seul but était de convertir les âmes à Dieu, d'avertir le monde que le jugement approchait, et d'engager mes semblables à la préparation du coeur qui leur permettrait d'aller en paix à la rencontre de leur Dieu. La grande majorité de ceux qui furent convertis par mes travaux s'unirent aux diverses Eglises existantes."

Comme son oeuvre tendait à édifier les Eglises, elle fut regardée pendant un certain temps avec faveur. Mais lorsque les ministres et les chefs religieux les plus influents se déclarèrent contre la doctrine de la proximité du second avènement, et voulurent empêcher toute agitation à ce sujet, non seulement ils combattirent cette doctrine du haut de la chaire, mais ils défendirent à leurs membres d'assister à des prédications où il en était question, ou même de parler de leur espérance dans les réunions d'édification mutuelle de l'Eglise. Ainsi, les croyants se trouvèrent soumis à une sévère épreuve, et en proie à l' incertitude. Ils aimaient leurs Eglises, et il leur répugnait de s'en séparer. Mais lorsqu'ils virent fouler aux pieds le témoignage de la Parole de Dieu, et méconnaître leur droit de sonder les prophéties, leur conscience les empêcha de se soumettre à ces conditions. Ils ne purent considérer comme constituant l'Eglise de Christ, la colonne et l'appui de la vérité ", ceux qui rejetaient le témoignage de la Parole de Dieu. Dès lors, ils se sentirent autorisés à se séparer des Eglises dont ils faisaient partie. Pendant l'été de 1844, environ cinquante mille personnes se séparèrent des Eglises.

Vers cette époque, on vit un changement prononcé s'o­pérer dans la plupart des Eglises des Etats-Unis. Depuis bien des années, on y observait un penchant graduel, mais en progression constante, à se conformer aux pratiques et aux coutumes mondaines, et partant, un déclin réel de la vie spirituelle. Mais cette année-là, on vit les indices d'un déclin soudain et marqué, dans presque toutes les Eglises du pays. Quoique personne ne parût capable d'en indiquer la cause, le fait lui-même fut généralement constaté et commenté, tant par la presse que du haut des chaires.

Dans une assemblée du conseil de l'église presbytérienne à Philadelphie, M. Barnes, auteur du commentaire si large­ment utilisé et pasteur d'une des principales Eglises de la ville, fit la déclaration suivante : " Depuis vingt ans que je remplis les fonctions du ministère, il ne m'était jamais arrivé, jusqu'à la dernière communion, de donner la sainte cène sans recevoir plus ou moins de membres dans l'Eglise. Mais en ce moment, on ne voit point de réveils, point de conversions, et apparemment pas beaucoup de croissance en grâce chez ceux qui font profession de religion. Personne ne vient plus dans mon cabinet pour s'entretenir du salut de son âme. L'augmentation de la mondanité semble proportionnée à la prospérité des affaires, et aux brillantes perspectives du commerce et des manufactures. Tel est le cas pour toutes les dénominations. " - Congregational Journal, 23 mai 1844.

Au cours du mois de février de la même année, le professeur Finney, du collège d'Oberlin, disait : " Nous avons eu devant nous des faits montrant qu'en général les Eglises protestantes de notre pays sont ou indifférentes ou hostiles à presque toutes les réformes morales de l'époque. Il existe des exceptions partielles, toutefois, elles sont trop peu nombreuses pour empêcher que le phénomène ne soit général. Autre chose corrobore notre dire, l'absence presque universelle de réveils dans les Eglises. L'apathie spirituelle pénètre presque tout, et s'empare de plus en plus des esprits, comme l'atteste toute la presse du pays. La plupart des membres des Eglises sont enchaînés aux coutumes existantes, donnant la main aux impies dans leurs parties de plaisirs, dans les danses, les fêtes, etc. Mais nous n'avons pas besoin de nous étendre longuement sur ce pénible sujet. Il suffit que les preuves augmentent et nous écrasent, montrant générale­ment que les Eglises dégénèrent tristement. Elles se sont fort éloignées du Seigneur, et il s'est retiré d'elles."

Un tel état de choses n'a jamais été amené dans l'Eglise sans cause. Les ténèbres spirituelles qui tombent sur les nations, sur les Eglises et les individus sont dues, non à un retrait de la part de Dieu des secours de la grâce divine, mais à la négligence ou à la réjection de la lumière divine de la part des hommes. Nous voyons un exemple frappant de cette vérité dans l'histoire du peuple juif au temps de Christ. Par leur amour du monde et l'oubli de Dieu et de sa Parole, l'entendement des Juifs s'était obscurci, leurs coeurs étaient devenus charnels et sensuels. Ils furent donc dans l'ignorance concernant l'avènement du Messie, et dans leur orgueil et leur incrédulité, ils rejetèrent le Rédempteur. Même alors, Dieu n'enleva pas à la nation juive l'occasion de prendre connaissance du salut, ou de participer aux bienfaits de la rédemption. Mais ceux qui rejetèrent la vérité perdirent tout désir d'obtenir le don de Dieu. Ils avaient fait " les ténèbres lumière, et la lumière ténèbres ", jusqu'à ce que la lumière qui était en eux devint ténèbres, et combien grandes étaient ces ténèbres !

Il rentre dans la politique de Satan que les hommes gardent certaines formes de religion, pourvu qu'ils ne connaissent pas une piété vitale. Après qu'ils eurent rejeté l'Evangile, les Juifs continuèrent avec zèle leurs anciens rites. Ils conservèrent rigoureusement leur exclusivisme na­tional, tandis qu'ils devaient avouer eux-mêmes que Dieu ne se manifestait plus au milieu d'eux. La prophétie de Daniel montrait d'une manière si précise le temps où devait paraître le Messie, et prédisait sa mort si clairement, qu'ils en déconseillèrent l'étude, et que finalement les rabbins pronon­cèrent une malédiction contre tous ceux qui tenteraient de calculer le temps. Dans leur aveuglement et leur impénitence, les Juifs sont restés depuis dix-huit cents ans indifférents aux offres miséricordieuses du salut, indifférents aux bénédic­tions de l'Evangile, avertissement terrible et solennel du danger que l'on court en rejetant la lumière du ciel.

Partout où cette cause existe, les résultats seront les mêmes. Quiconque résiste délibérément à sa conviction du devoir quand elle va à l'encontre de ses inclinations, finira par perdre la faculté de distinguer entre la vérité et l'erreur. L'intelligence s'obscurcit, la conscience s'émousse, le coeur s'endurcit, et l'âme est séparée de Dieu. Toute Eglise qui rejettera ou négligera le message de la vérité divine, se trouvera bientôt plongée dans les ténèbres, la foi et la charité se refroidiront, la désaffection et les dissensions s'y manife­steront bientôt. Les membres de l'Eglise concentrent toute leur sollicitude et leur énergie sur leurs affaires temporelles, et les pécheurs s'endurcissent dans leur impénitence.

Le message du premier ange d'Apocalypse 14, annonçant l'heure du jugement de Dieu, et exhortant les hommes à le craindre et à l'adorer, était destiné à éloigner des influences corruptrices du monde ceux qui faisaient profession d'être enfants de Dieu, et à leur montrer leur véritable état de mondanité et de rechute. Par ce message, Dieu avait envoyé à l'Eglise un avertissement qui, s'il avait été accepté, l'aurait purifiée des péchés qui l'éloignaient de lui. Si les chrétiens avaient accueilli le message du ciel, s'ils s'étaient humiliés devant le Seigneur, et avaient cherché sincèrement à se préparer pour paraître en sa présence, la puissance de Dieu et son Esprit se fussent manifestés parmi eux, l'Eglise fût de nouveau parvenue à cet état béni d'unité, de foi et d'amour qui existait aux jours apostoliques, lorsque les croyants n'étaient " qu'un coeur et qu'une âme, et annonçaient la Parole de Dieu avec hardiesse, alors que le Seigneur ajoutait tous les jours à l' Eglise ceux qui étaient sauvés." Actes 4 : 32, 31;2:47.

Si ceux qui professent être le peuple de Dieu recevaient la lumière telle qu'elle jaillit de sa Parole, ils atteindraient à cette unité pour laquelle Christ priait, et que l'apôtre appelle " L'unité de l'Esprit par le lien de la paix ". Il y a, dit-il, " un seul corps et un seul Esprit, comme vous êtes appelés à une seule espérance par votre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. " Ephésiens 4 : 3-5.

Tels furent les résultats bénis que produisit le message adventiste sur ceux qui l'acceptèrent. Ils " sortirent de diverses dénominations, et les barrières qui les séparaient tombèrent devant la vérité. Les credos opposés furent réduits à néant. L'espérance non scripturaire d'un millénium tempo­rel fut abandonnée. Les fausses idées sur la seconde venue du Seigneur furent corrigées. L'orgueil et la mondanité disparurent. Les torts furent réparés. Les coeurs s'unirent dans la plus douce communion, et la charité et la joie régnèrent sans mélange. Si cette doctrine fit cela pour le peu de chrétiens qui la reçurent, elle l'aurait fait pour tous, si tous l'avaient reçue."

Mais les Eglises en général n'acceptèrent pas l'avertisse­ment. Leurs ministres qui, comme " sentinelles de la maison d' Israél, " auraient dû être les premiers à discerner les signes de la venue de Jésus, avaient négligé d'apprendre la vérité, soit par le témoignage des prophètes, soit par les signes des temps. Comme les espérances et les ambitions mondaines remplissaient les coeurs, l'amour de Dieu et la foi en sa Parole avaient diminué, et lorsque la doctrine du second avènement fut présentée, elle ne fit qu'éveiller leurs préven­tions et manifester leur incrédulité. On se servit comme argument contre le message, du fait qu'il était prêché presque exclusivement par des laïques. Comme aux temps anciens, on répondait au témoignage de la Parole de Dieu par cette question narquoise : " Y a-t-il quelqu'un des chefs ou des pharisiens qui ait cru en lui ? " Bien des personnes, voyant la difficulté qu'il y avait à réfuter les arguments tirés des périodes prophétiques, déconseillaient l'étude des prophé­ties, en affirmant que les livres prophétiques étaient scellés et ne pouvaient être compris. Des multitudes de chrétiens, ayant une confiance aveugle en leurs pasteurs, refusèrent d'écouter l'avertissement. D'autres, quoique convaincus de la vérité, n'osaient la confesser, de crainte d'être " chassés de la synagogue ". Le message que Dieu avait envoyé pour éprouver et purifier l'Eglise, ne révélait qu'avec trop d'évi­dence à tous, combien grand était le nombre de ceux qui avaient placé leurs affections sur le monde plutôt que sur Christ. Les liens qui les attachaient au monde étaient plus forts que ceux qui les attiraient vers le ciel. Ils préférèrent écouter la voix de la sagesse humaine, et se détournèrent du message de vérité qui mettait à découvert ce qu'il y avait au fond du coeur humain.

En rejetant l'avertissement du premier ange, les Eglises rejetèrent le moyen auquel Dieu avait pourvu pour leur relèvement. Elles méconnurent le messager miséricordieux qui était destiné à les détourner des péchés qui les séparaient de Dieu, et elles recherchèrent avec plus d'ardeur encore l'amitié du monde. Telle fut la cause de ce triste état de mondanité, d'affaiblissement et de mort spirituelle qui exis­tait dans les Eglises en 1844.

Dans le chapitre 14e de l'Apocalypse, le premier ange est suivi d'un second qui prononce ces sinistres paroles : " Elle est tombée, elle est tombée, Babylone, cette grande ville, parce qu'elle a fait boire à toutes les nations, du vin de la fureur de son impudicité. " Apocalypse 14 : 8. Le mot Babylone dérive de Babel, et signifie confusion. Il est em­ployé dans les Ecritures pour désigner les formes diverses de religions fausses ou déchues. Dans Apocalypse 17, Babylone est représentée sous l'image d'une femme, image employée dans la Bible comme symbole d'une Eglise, une femme vertueuse représentant une Eglise pure, et une femme débau­chée, une Eglise déchue.

Dans la Bible, le caractère sacré et permanent des rela­tions qui existent entre Christ et son Eglise est représenté par l'union du mariage. Le Seigneur s'est uni à son peuple par une alliance solennelle, aux termes de laquelle il promettait d'être son Dieu, et le peuple, de son côté, s'engageait à se donner à lui, et à lui seul. Il déclare : "Je t'épouserai pour toujours. Je t'épouserai dans la justice, dans le jugement, dans la bonté affectueuse et dans les grâces. " Osée 2 : 19. " Je suis votre mari." Jérémie 3 : 14. Et Paul emploie la même image dans le Nouveau Testament, lorsqu'il dit : " Je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure." 2 Corinthiens 11 : 2.

L'infidélité envers Christ, dont l'Eglise se rendit coupa­ble en lui retirant sa confiance et ses affections, pour se laisser envahir par l'amour du monde, est comparée à la violation des voeux du mariage. Le péché d'Israël s'éloignant de son Dieu, est représenté sous cette image. L'amour infini de Dieu qu'ils méprisèrent ainsi, est dépeint d'une manière touchante. "Je te jurai fidélité, et je fis alliance avec toi, dit le Seigneur, l' Eternel, et tu devins mienne. " " Tu devins extrêmement belle, et tu parvins à une dignité royale. Et ta renommée se répandit parmi les nations à cause de ta beauté, parce qu'elle était parfaite, à cause de ma gloire que j'avais mise sur toi. ... Mais tu t'es confiée en ta beauté, et tu t'es prostituée à cause de ta renommée." " Certainement comme une femme pèche contre son mari, ainsi avez-vous péché contre moi, ô maison d'Israël 1 dit l'Eternel." " Femme adultère, qui prends des étrangers au lieu de ton mari." Ezéchiel 16 : 8, 13-15, 32 ; Jérémie 3 : 20.

Dans le Nouveau Testament, le Seigneur se sert de paroles analogues pour censurer les chrétiens de profession qui cherchent la faveur du monde avec plus d'ardeur que celle de Dieu. L'apôtre Jacques dit : " Hommes et femmes adultères, ne savez-vous pas que l'amour du monde est une inimitié contre Dieu ? Qui voudra donc être ami du monde se rend ennemi de Dieu." Jacques 4 : 4.

La femme, la Babylone d'Apocalypse 17, nous est repré­sentée " vêtue de pourpre et d'écarlate, et parée d'or, de pierres précieuses et de perles. Elle a dans sa main une coupe d'or pleine des abominations et de la souillure de ses impu­dicités. Et sur son front est écrit ce nom mystérieux : la grande Babylone, la mère des prostituées. " Et le prophète dit : " Je vis cette femme enivrée du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus. " Apocalypse 17 : 4-6. Il est déclaré plus loin que Babylone est " la grande ville qui règne sur les rois de la terre." Apocalypse 17 : 18. La puissance qui tint pendant tant de siècles sous son sceptre despotique tous les monarques de la chrétienté, n'est autre que Rome. La pourpre et l'écar­late, l'or, les pierres précieuses et les perles, dépeignent d'une manière saisissante la magnificence et la pompe plus que royales, qu'affecte la superbe curie romaine. En outre, il ne pourrait être dit d'aucune autre puissance qu'elle est ivre du sang des saints " qu'à propos que de cette Eglise qui a si cruellement persécuté les disciples de Christ. Baby­lone est aussi accusée du péché d'avoir entretenu des rapports illicites avec les " rois de la terre ". Ce fut par son éloignement du Seigneur et son alliance avec les païens que l'Eglise juive se prostitua. Rome, de même, se corrompit en recherchant l'appui des puissances de ce monde, et subit en conséquence la même condamnation.

Il est dit que Babylone est la " mère des prostituées ". Ses filles doivent symboliser d'autres Eglises qui sont atta­chées à ses doctrines et à ses traditions, et qui suivent son exemple, sacrifiant la vérité et l'approbation de Dieu, pour s'allier illicitement avec le monde. Le message d'Apocalypse 14, annonçant la chute de Babylone, doit s'appliquer à des communautés religieuses autrefois pures et qui se sont cor­rompues. Puisque ce message succède à la proclamation de l'approche du jugement, il doit être prêché dans les derniers jours. Il ne peut donc pas s'appliquer à l'Eglise romaine, car cette Eglise est déchue depuis bien des siècles. Bien plus, dans le dix-huitième chapitre de l'Apocalypse, dans un message encore à venir maintenant, le peuple de Dieu est appelé à sortir de Babylone. Suivant ce, passage, bien des enfants de Dieu se trouvent dans Babylone. Et dans quelles communautés religieuses doit-on trouver la plus grande partie des enfants de Dieu ? C'est certainement dans les diverses Eglises qui professent la foi protestante. Au temps de leur fondation ces Eglises se déclarèrent hardiment pour Dieu et la vérité, et la bénédiction de Dieu reposait sur elles. Le monde incrédule fut lui-même forcé de reconnaître les heu­reux résultats provenant de l'adoption des principes de l' Evangile. Comme l'Eternel le dit à Israêl par son prophète " Ta renommée se répandit parmi les nations à cause de ta beauté, parce qu'elle était parfaite, à cause de ma gloire que j'avais mise sur toi, dit le Seigneur, l'Eternel." Mais elles tombèrent par le même désir qui attira sur Israêl la malédic­tion de Dieu et qui fut la cause de sa ruine, le désir d'imiter les pratiques et de rechercher l'amitié des impies. " Mais tu t'es confiée en ta beauté, et tu t'es prostituée à cause de ta renommée. "

Maintes Eglises protestantes suivent l'exemple de Rome par leurs rapports impies avec les " rois de la terre ". Il en est ainsi des Eglises d'Etat, cherchant la faveur du monde dans leurs relations avec les gouvernements séculiers et d'autres dénominations. Aussi le terme Babylone, confusion, s'applique-t-il justement à ces Eglises qui, professant toutes tirer leurs doctrines de la Bible, sont pourtant divisées en innombrables dénominations, avec des théories et des credos très opposés.

En dehors de cette union coupable avec le monde, les Eglises qui se sont séparées de Rome présentent d'autres traits qui appartiennent à cette dernière. Un ouvrage catholi­que, le Catholic Christian Instructed, porte cette accusation " Si l'Eglise romaine fut jamais coupable par rapport aux saints, sa fille, l'Eglise d'Angleterre, est tout aussi coupable, car elle a dix églises dédiées à Marie pour une dédiée à Christ. " —Richard Challoner, The Catholic Instructed, Pré­face, p. 21, 22.

M. Hopkins dit ce qui suit, dans un traité sur le millénium " Il n'y a nullement lieu de croire que seule l'Eglise romaine entretient des pratiques et un esprit antichrétiens. Les Eglises protestantes ont beaucoup de l'esprit de l'antichrist en elles, et sont loin d'être complètement réformées de la corruption et de l'impiété. " -Samuel Hopkins, Works, vol. 2, P. 328.

Le docteur Guthrie écrivait concernant la séparation de 1'Eglise presbytérienne par rapport à Rome : " Il y a trois cents ans que notre Eglise, avec une Bible ouverte sur sa bannière, et cette devise sur son règlement, 'Sondez les Ecritures', sortit des portes de Rome." Il pose ensuite cette question significative : " Sortit-elle pure de Babylone ? Thomas Guthrie, L'Evangile d'Ezéchiel, p. 237.

L'Eglise d'Angleterre, dit Spurgeon, semble rongée de part en part par les erreurs romaines. Mais les dissidents paraissent tout aussi malheureusement contaminés par l'in­crédulité philosophique. Ceux dont nous attendions de meil­leures choses se détournent l'un après l'autre des fondements de la foi. Le coeur même de l'Angleterre est complètement imprégné d'une incrédulité hideuse qui pousse l'effronterie jusqu'à s'installer dans les chaires et à se gratifier du titre de chrétienne. "

Quelle fut l'origine de la grande apostasie ? Comment l'Eglise s'éloigna-t-elle d'abord de la simplicité de l'Evangile ? En se conformant aux coutumes du paganisme, pour faciliter aux païens l'acceptation du christianisme. L'apôtre Paul déclarait que même de son temps " le mystère d'iniquité se formait déjà ". 2 Thessaloniciens 2 : 7. Durant la vie des apôtres, l'Eglise demeura comparativement pure. " Mais vers la fin du deuxième siècle, la plupart des Eglises revêti­rent une nouvelle forme, la simplicité première disparut, et insensiblement, à mesure que les anciens disciples descen­daient dans la tombe, leurs enfants, de concert avec de nouveaux convertis [...] s'enhardirent et donnèrent une nou­velle forme à la cause." -Robert Robinson, Recherches ecclésiastiques, ch. 6, par. 17. Pour augmenter le nombre des conversions, on abaissa le niveau de la foi chrétienne, et il en résulta un " débordement de paganisme qui envahit l' Eglise, apportant avec lui ses coutumes, ses pratiques et ses idoles. " -Gavazzi, Lectures, p. 278. La religion chrétienne ayant gagné la faveur et l'appui des princes, fut nominalement adoptée par des multitudes, mais tandis qu'ils professaient exté­rieurement le christianisme, " un grand nombre demeurèrent réellement païens, adorant en secret leurs idoles." -Ibid., p. 278.

Le même processus ne s'est-il pas répété dans presque toutes les Eglises soi-disant protestantes ? A mesure que leurs fondateurs, animés d'un véritable esprit de réforme, dispa­raissaient de la scène du monde, leurs descendants s'enhar­dissaient au point de donner une nouvelle forme à la cause. Tout en adhérant aveuglément aux croyances de leurs pères et refusant d'accepter toute vérité qu'ils n'avaient pas connue, les enfants des réformateurs s'éloignèrent beaucoup de leur exemple d'humilité, d'oubli d'eux-mêmes et de renoncement au monde. Ainsi, la première simplicité dispa­rut. Un torrent de mondanité entra dans l'Eglise et apporta avec lui ses coutumes, ses pratiques et ses idoles.

Hélas ! à quel effrayant degré cette amitié du monde, qui est " une inimitié contre Dieu ", n'est-elle pas recherchée par ceux qui professent être les disciples de Christ ! Combien les Eglises populaires de la chrétienté ne se sont-elles pas éloignées de ce niveau biblique d'humilité, de renoncement, de simplicité et de piété ! John Wesley disait, en parlant du bon usage de l'argent : " Ne perdez rien d'un si précieux talent simplement pour satisfaire les désirs des yeux, par une toilette superflue et dispendieuse, ou d'inutiles ornements. N'en prodiguez rien pour orner vos maisons de meubles superflus ou coûteux, de tableaux de prix, de peintures, de dorures. ... Ne dépensez rien pour satisfaire l'orgueil de la vie, pour obtenir l'admiration ou la louange des hommes.... Aussi longtemps que tu te feras du bien, on te louera.... Aussi longtemps que tu seras vêtu de pourpre et de fin lin, et que tu te traiteras bien et magnifiquement tous les jours, beaucoup de gens applaudiront sans doute à l'élégance de ton goût, à ta générosité et à ton hospitalité. Mais ne paie pas leurs applaudissements si cher. Contente-toi plutôt de l'hon­neur qui vient de Dieu." Wesley, Works, Sermon 50. De nos jours, cet enseignement est méconnu dans bien des Eglises.

Il est de mode dans le monde de faire profession de religion. Souverains, hommes d'Etat, avocats, docteurs, marchands, se rattachent à une Eglise afin de s'assurer le respect et la confiance de la société, et dans l'intérêt de leurs ambitions mondaines. Ils cherchent ainsi à couvrir tous leurs procédés injustes du manteau de la religion (Ceci s'applique surtout aux Eglises d'Amérique dans lesquelles on n'entre qu'à l'âge de raison et sur sa demande. Comme on le verra, plusieurs détails de ce chapitre s'appliquent également plus spécialement aux Etats-Unis). Les diverses communautés religieuses, confortées par la richesse et l'influence de ces mondains baptisés, recherchent avec plus d'empressement encore la popularité et l'appui du monde. Des églises splen­dides, ornées de la manière la plus extravagante, sont érigées dans les quartiers les plus riches et les plus populaires. Les adorateurs se vêtent avec luxe et se conforment aux dernières modes. On paie des honoraires énormes à un ministre élo­quent pour qu'il attire et captive agréablement le peuple. Dans ses sermons, il ne doit pas évoquer les péchés popu­laires, mais ses discours doivent être agréables aux oreilles de ses élégants auditeurs. De cette manière les mondains sont reçus dans l'Eglise, et les péchés à la mode sont recouverts du manteau de la piété.

Parlant de l'attitude actuelle vis-à-vis du monde de gens faisant profession de christianisme, un des journaux politi­ques les plus répandus disait : " L'Eglise a cédé insensible­ment à l'esprit du jour, et a adapté les formes de son culte aux besoins du temps. ... Elle s'empare en effet de tout ce qui peut rendre la religion attrayante." D'un autre côté, un correspondant de l'Indépendant de New-York parle ainsi du méthodisme actuel : " La ligne de séparation entre les gens pieux et les irréligieux s'efface dans une demi-obscurité, et des hommes des deux partis travaillent avec zèle à faire disparaître toute différence entre leurs manières d'agir et leurs plaisirs. ... La popularité de la religion tend fortement à augmenter le nombre de ceux qui voudraient s'en assurer les bienfaits sans en remplir honnêtement les devoirs. "

Howard Crosby dit : " Aujourd'hui, l'Eglise de Dieu fait la cour au monde. Ses membres essaient de l'abaisser au niveau des impies. Les bals, les théâtres, l'art impudique, le luxe social avec sa morale relachée, font leur entrée dans l'enceinte sacrée de l'église. Pour expier toute cette mondanité, les chrétiens font leurs carêmes et leurs Pâques, et ornent magnifiquement leurs églises. C'est l'ancienne ruse de Satan. L'Eglise juive est allée échouer sur cet écueil, l'Eglise romaine fit naufrage de la même manière, et le même sort est réservé à l' Eglise protestante."

Dans ce flux de mondanité et de recherche du plaisir, l'esprit de renoncement et de sacrifice pour l'amour de Christ a presque entièrement disparu. " Quelques-uns des hommes et des femmes qui sont maintenant membres actifs de nos Eglises, avaient appris, étant enfants, à faire des sacrifices pour contribuer de leurs biens à l'avancement de la cause de Christ. Mais aujourd'hui, a-t-on besoin de fonds [...] il ne faut demander à personne de donner. Oh ! non ; qu'on fasse une vente, une loterie, ou quelque festin, quelque chose qui amuse ! "

Le gouverneur Washburn du Wisconsin déclarait dans sa proclamation annuelle que " les ventes d'églises, les loteries de bienfaisance, les loteries-concerts organisées dans des buts charitables et autres, les lots et sachets de hasard, les faveurs aux écoles du dimanche et autres, par billets tirés, sont des pépinières du crime. Pour autant qu'ils promettent des avan­tages gratuits, ce sont réellement des jeux de hasard. L'esprit pernicieux du jeu est ainsi provoqué, attisé et entretenu par ces moyens, à un degré que les honnêtes citoyens compren­nent peu. Sans ces excitations, les lois répressives du jeu seraient moins violées et plus facilement appliquées. On ne devrait, déclare-t-il, plus permettre ces pratiques qui corrom­pent la jeunesse. "

L'esprit de conformité au monde envahit toutes les Eglises de la chrétienté. Robert Atkins, dans un sermon qu'il prêcha à Londres, fait un sombre tableau du déclin spirituel qu'on remarque en Angleterre. " Les hommes vraiment justes diminuent sur la terre, et personne ne s'en inquiète. Les hommes qui, de nos jours, font profession de religion, dans chaque Eglise, sont amis du monde. Ils imitent le monde, ils sont amateurs de leurs aises, et aspirent aux honneurs. Ils sont appelés à souffrir avec Christ, mais ils reculent déjà devant l'opprobre. Apostasie, apostasie, apos­tasie, voilà ce que l'on voit se graver distinctement sur la façade de chaque Eglise. Or si elles le savaient, si elles le sentaient, il y aurait quelque espoir, mais, hélas l elles s'écrient, ' Nous sommes riches, nous nous sommes enri­chies, et nous n'avons besoin de rien."' -Second Advent Library, tract No 39.

Le grand péché dont Babylone est accusée, est qu'elle a fait boire à toutes les nations du vin de la fureur de son impudicité." Cette coupe enivrante qu'elle offre au monde représente les fausses doctrines qu'elle a adoptées à la suite de son commerce illicite avec les grands de la terre. Son amitié pour le monde a corrompu sa foi, et à son tour elle exerce une influence corruptrice sur le monde, en enseignant des doctrines qui sont opposées aux témoignages positifs de la sainte Ecriture.

Rome a ravi la Bible au peuple, et elle exige de tous les hommes qu'ils acceptent ses enseignements en lieu et place de ceux du volume inspiré. L'oeuvre de la Réformation fut de rendre la Bible au peuple. Mais il n'est que trop vrai que dans les Eglises de nos jours, on enseigne aux hommes à fonder leur foi sur un credo, sur les enseignements de leur Eglise particulière plutôt que sur les Ecritures. Charles Beecher, parlant des Eglises protestantes, disait : " Elles sont tout aussi sensibles à toute parole sévère prononcée contre leurs credos, que les saints pères ne l'auraient été à toute parole sévère contre la vénération dont ils commençaient à entourer les saints et les martyrs. ... Les dénominations évangéliques protestantes se sont tellement lié les mains, que dans n'importe laquelle, on ne peut devenir prédicateur sans adopter quelque livre à côté de la Bible. ... Il n'y a rien d'imaginaire dans la pensée que la puissance du credo com­mence à prohiber la Bible tout aussi réellement que ne le fit Rome, quoique d'une manière plus subtile. " -Sermon, Fort Wayne, Indiana, 22 février 1846.

Lorsque des hommes fidèles expliquent la Parole de Dieu, on voit paraître des savants, des ministres professant com­prendre les Ecritures, qui accusent la saine doctrine d'héré­sie, et détournent ainsi ceux qui cherchent la vérité. Si le monde n'était pas enivré d'une manière désespérante du vin de Babylone, des multitudes seraient converties à l'ouïe des vérités simples et tranchantes de la Parole de Dieu. Mais la foi religieuse paraît si confuse et si discordante qu'on ne sait bientôt plus que croire. Le péché de l'impénitence du monde gît à la porte de l'Eglise.

Le message du second ange d'Apocalypse 14, fut pour la première fois prêché au cours de l'été de l'an 1844, et il s'appliquait alors plus particulièrement aux Eglises des Etats ­Unis, où l'avertissement du jugement avait été proclamé et rejeté d'une manière plus générale, et où le déclin des Eglises avait été plus rapide. Mais ce message n'accomplit pas toute son oeuvre en 1844. Les Eglises firent alors une chute morale, pour avoir refusé la lumière du message relatif à l'avènement de Christ. Mais cette chute ne fut pas complète. A mesure qu'elles se sont obstinées à rejeter les vérités spéciales pour notre temps, elles ont décliné de plus en plus. Pourtant le moment n'est point encore venu où l'on puisse dire que "Babylone est tombée [...] parce qu'elle a fait boire à toutes les nations du vin de la fureur de son impudicité. " Elle n'a pas encore pu en faire boire à toutes les nations. L'esprit de conformité au monde et l'indifférence à l'égard des vérités qui doivent éprouver les hommes de notre époque, ont gagné du terrain dans toutes les Eglises protestantes de la chrétienté. Ces Eglises se trouvent sous le coup de la terrible accusation du deuxième ange. Mais l'apostasie n'a pas encore atteint son plus haut degré.

La Bible déclare qu'avant la venue du Seigneur, Satan travaillera " avec puissance, avec des signes, et de faux miracles, et avec toutes les séductions de l'iniquité " ; et que ceux qui " n'ont point reçu l'amour de la vérité pour être sauvés " recevront " une puissance d'égarement, en sorte qu'ils croiront au mensonge ". 2 Thessaloniciens 2 : 9-11. La chute de Babylone sera complète lorsque l'Eglise sera dans cette condition, et que l'union de l'Eglise et du monde sera consommée dans la chrétienté. Le changement est pro­gressif, et l'entier accomplissement de la prédiction d'Apo­calypse 14 : 8 est encore dans l'avenir.

Malgré les ténèbres spirituelles et l'éloignement de Dieu existant dans les Eglises qui constituent Babylone, la plus grande partie des vrais disciples de Christ doit encore se trouver au milieu d'elles. Il en est beaucoup d'entre eux qui n'ont jamais entendu parler des vérités spéciales pour notre temps. Beaucoup sont mécontents de leur état actuel, et soupirent après une connaissance plus parfaite. Es cherchent en vain l'image de Christ dans les Eglises dont ils sont membres. Comme ces Eglises s'éloignent de plus en plus de la vérité et s'allient plus intimement avec le monde, la différence entre les deux catégories de membres devient de plus en plus grande, et ils finiront par se séparer. Le moment viendra où ceux qui aiment Dieu par-dessus tout ne pourront plus demeurer unis à ceux qui " aiment les plaisirs plus que Dieu, qui ont l'apparence de la piété, mais en ont renié la force."

Le chapitre 18 d'Apocalypse indique le moment où, comme conséquence de la réfection du triple avertissement d'Apocalypse 14 : 6-12, l'Eglise sera tout à fait dans la condition prédite par le deuxième ange, et où les enfants de Dieu qui se trouveront encore dans Babylone seront appelés à en sortir. Ce message est le dernier qui sera adressé au monde, et il accomplira son oeuvre. Lorsque ceux qui "n'ont pas cru à la vérité, mais qui se sont plu dans l'injustice, " 2 Thessaloniciens 2 : 12, seront abandonnés à l'erreur, en sorte qu'ils croiront au mensonge, la lumière de la vérité luira sur tous ceux dont les coeurs sont ouverts pour la recevoir, et tous les enfants du Seigneur qui seront encore dans Babylone, écouteront cet appel : " Sortez de Babylone, mon peuple." Apocalypse 18 : 4.

 


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